Texte: 

  • André Koller

Photos: 

  • Jennifer Freuler

Permis de conduire en sursis

En cas d’infraction grave ou de récidive, la restitution du permis de conduire passe par l’Unité de médecine et psychologie du trafic.

Le canton de Genève détient pour 2018 le triste record des accidents liés à l’alcool. Avec 8,1 cas pour 100’000 habitants, il devance le Valais (6,7) et Appenzell Rhodes- Intérieures (6,2). Ce genre de mésaventure est sanctionné par une amende salée et un retrait du permis de conduire. Et quand l’Unité de médecine et psychologie du trafic (UMPT) des HUG s’en mêle, la récupération du «bleu» peut prendre un tour inattendu.

Rattachée au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), cette unité est sollicitée par les autorités compétentes pour évaluer l’aptitude à la conduite lors de certaines infractions. Pas n’importe lesquelles. Il faut une alcoolémie de 1,6 pour mille et plus, des récidives, un délit de chauffard* ou la présence de drogue dans le sang (cannabis, cocaïne, ecstasy, etc.). Dans un autre registre, les personnes âgées ou celles qui souffrent d’une maladie induisant une inaptitude sont également évaluées par cette unité.

* Pour des vitesses limitées à 30, 50, 80 et 120 km/h, un dépassement de respectivement 40, 50, 60 et 80 km/h (retrait de permis de deux ans minimum).

Analyses biologiques 

Selon les cas, les examens sont menés par des médecins, des psychologues ou les deux. Pour une première infraction avec alcool ou drogue, le ou la médecin intervient seule afin de détecter une éventuelle addiction en s’appuyant sur des analyses toxicologiques. «Genève a été pionnier en Suisse avec l’introduction en 2018 d’un test sanguin plus fiable, impossible à falsifier  et prélevé sur le bout du doigt», souligne  la Dre Pauline Amann, médecin adjointe à l’UMPT.

De leur côté, les psychologues voient plus spécifiquement les responsables d’infractions multiples, les délits de chauffard, les automobilistes dont le permis probatoire a été annulé ou les élèves ayant raté trois fois l’examen pratique. Ces entretiens durent deux heures et visent à déterminer si la personne présente un danger sur la route.

Histoires de vie 

«Quand de l’alcool ou des drogues sont impliqués, le profil de consommation est établi avec le concours des médecins. Sinon, le ou la psychologue évalue seule l’aptitude caractérielle: agressivité, conscience des risques, sens des responsabilités, etc.», explique Sylvie Joris Lambert, psychologue, responsable opérationnelle de l’UMPT. Si les entretiens ne sont pas un interrogatoire, il s’agit tout de même de confronter les déclarations aux faits. «On aborde les histoires de vie, les parcours scolaires ou professionnels. On revient sur les circonstances des infractions. L’idée est de vérifier si les gens en ont identifié les causes et intégré des stratégies pour les éviter», développe Sylvie Joris Lambert.

Et ensuite? Lorsque le risque de récidive est trop élevé, le rapport rendu au Service cantonal des véhicules est défavorable. La personne devra alors consulter un ou une psychothérapeute spécialisée en circulation routière, suivre un cours de sensibilisation ou encore entreprendre des soins en addictologie pour une durée minimum de six mois. «Heureusement, sur les quelque 650 cas expertisés en 2019, dont 85% étaient des hommes, les trois quarts ont bénéficié d’un rapport favorable», conclut la psychologue.

Genève pionnière 

C’est une première suisse. Le nouveau test PEth, utilisé à Genève, détecte avec une quasi-certitude la présence d’alcool, jusqu’à quatre semaines après sa consommation. «Le PEth se révèle plus efficace que l’ancien marqueur sanguin pour évaluer l’importance de la consommation ou une abstinence dans un contexte médico- légal», relève Julien Déglon, pharmacien toxicologue au laboratoire de toxicologie du CURML, à l’origine de cette innovation. La France et l’Angleterre, très intéressées, l’ont approché pour en savoir davantage

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