Texte: 

  • Elisabeth Gordon

Photos: 

  • Thierry Parel

Le Geneva Health Forum essaye de faire avancer la science

Ancienne directrice adjointe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Marie-Paule Kieny participe à l’organisation de ce vaste forum sur la santé globale qui a lieu tous les deux ans à Genève.

Pulsations Vous êtes ingénieur agronome et vous avez un doctorat en microbiologie industrielle. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous occuper de santé globale ?

Marie-Paule Kieny Une série de circonstances et de choix. Après ma thèse, j’ai travaillé chez Transgène, la première entreprise française de biotechnologie, et j’ai participé à la mise au point d’un vaccin contre la rage des animaux et aux recherches sur un vaccin anti-sida. J’ai mené aussi des missions ponctuelles de conseil pour l’OMS et, lorsque l’organisation internationale a créé un poste de directeur de l’initiative pour la recherche sur les vaccins, j’avais le bon profil et j’ai postulé. Jusque-là, j’avais fait de la recherche et j’ai compris qu’il ne suffisait pas de mettre au point et de fabriquer un vaccin, mais qu’il fallait ensuite savoir comment l’utiliser sur le terrain, en tenant compte des besoins, notamment des pays pauvres.

Quel a été votre rôle à l’OMS ?

En 2009, j’ai été chargée d’une initiative visant à distribuer des vaccins contre la grippe pandémique dans les pays du Sud. Puis, je suis devenue sous-directrice générale en charge de la recherche et de l’information, puis des systèmes de santé et de l’innovation. Cela m’a permis de comprendre qu’en matière de santé, tout est politique.

Pendant l’été 2014, j’ai pris la responsabilité de coordonner la recherche et le développement pour les médicaments, vaccins et diagnostics contre le virus Ebola (qui a provoqué alors une épidémie meurtrière en Afrique de l’Ouest, ndlr.).

Vous avez représenté l’OMS dans le Geneva Health Forum (GHF), créé par les HUG et l’Université de Genève (UNIGE). Quel est l’intérêt de ces conférences ?

Il est très important de disposer d’un forum qui est à la fois local et global et qui essaye de faire avancer la science en rassemblant des personnes qui ne sont pas a priori prédisposées à se parler. Les participants viennent du Nord et du Sud, du milieu académique et de l’industrie, du monde politique, etc., et c’est la diversité des intervenants qui fait tout l’intérêt du GHF.

De nombreux évènements de ce genre sont organisés dans le monde. Quelle est l’originalité du GHF ?

Il a la particularité d’être inclusif, de choisir à chaque fois des thèmes différents et d’en aborder certains aspects en profondeur. En collaboration avec d’autres évènements de ce type, le GHF permet de lancer des discussions, de quantifier les problèmes et d’esquisser des solutions.

Les HUG et l’UNIGE peuvent-ils par ce biais renforcer leurs liens avec les organisations internationales ?

Oui, et c’est essentiel, car les personnes que vous connaissez le moins bien, ce sont vos voisins. Nous cohabitons tous à Genève, nous avons des collaborations ponctuelles, mais nous avons peu d’occasions de nous voir. Le GHF nous en offre l’opportunité.

Pensez-vous que, grâce à toutes ces institutions, la santé globale s’est améliorée au cours des dernières décennies?

Oui, car les habitants des pays pauvres ont un meilleur accès aux médicaments. Il y a eu aussi d’énormes progrès dans la réduction de la mortalité infantile et maternelle, le traitement du sida, du paludisme, de la tuberculose. Mais en même temps, dans notre société mondialisée, l’inégalité et l’iniquité sont de plus en plus prégnantes, en particulier pour ce qui est de la santé.

7e édition du GHF

Depuis 2006, les HUG et l’Université de Genève organisent le Geneva Health Forum (GHF), événement phare de la santé globale à Genève et en Suisse, en étroite collaboration avec les organisations de la Genève internationale et avec le soutien de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de la Confédération. Depuis sa création, le GHF a l’ambition d’offrir une tribune à ceux qui promeuvent l’accès aux soins et à la santé. La 7e édition se tient du 10 au 12 avril au Centre international de conférences de Genève (CICG). Elle propose notamment d’explorer la façon dont les technologies actuelles et la révolution digitale vont révolutionner les pratiques en santé globale. La Fédération de Russie, la République du Tadjikistan et la République kirghize en sont les invités.

  • 1955 Naissance à Strasbourg (France).
  • 1980 Doctorat en microbiologie (Université de Montpellier).
  • 1989 Directrice de recherche à l’Institut (français) de la santé et de la recherche médicale (INSERM).
  • 2001 Directrice de l’Initiative pour la recherche de vaccins de l’OMS.
  • 2010 Sous-directrice générale de l’OMS.
  • 2017 Directrice de recherche de l’INSERM chargée des collaborations institutionnelles internationales. Présidente des Conseils d’administration (CA) du Drugs for Neglected Diseases initiative et du Medicines Patent Pool et membre du CA du Human Vaccine Project.

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