Texte: 

  • André Koller

Photos: 

  • Nicolas Righetti | lundi 13

Le diagnostic, passionnément

La Pre Laura Rubbia-Brandt s’est spécialisée dans l’anatomopathologie, aujourd’hui au cœur de la révolution de la santé personnalisée. Mais pour la cheffe du nouveau Département diagnostique, qui verra le jour en 2019, cette discipline peu connue du grand public est avant tout une passion.

Débit rapide. Niveau de langage élevé. La pensée, chez Laura Rubbia-Brandt, galope, s’envole et très vite plane loin au-dessus du commun des mortels. Pourtant, origines italiennes obligent, elle ne se départit jamais d’un sourire aux lèvres, dans la voix ou le regard, qui signe sa sollicitude avec l’interlocuteur désemparé sous ce déluge de mots.

Dès sa plus tendre enfance, elle baigne dans un milieu scientifique. Son père, sa mère et son frère sont physiciens. «La curiosité, la valorisation de la connaissance et du savoir scientifique ont forgé mon intellect. J’ai grandi aussi dans un monde où il est normal que les femmes, autant que les hommes, non seulement fassent des études, mais se réalisent à travers une carrière professionnelle. Plus tard, j’ai retrouvé cet état d’esprit dans la famille de mon mari, un médecin psychiatre féru d’histoire», ajoute-t-elle.

Un mentor et deux passions

Elle choisit la médecine pour la dimension plus humaine de la discipline. Au cours de ses études, la rencontre aux HUG avec le Pr Gilles Mentha va marquer un jalon important dans sa carrière. «Il a été mon mentor. J’étais jeune interne. Il m’a fait confiance et m’a donné ma chance. C’était un pionnier de la multidisciplinarité. Avec lui j’ai compris qu’on ne gagne pas seul dans le très compétitif univers hospitalo-universitaire. Si l’on compare cela à une course, c’est un relais 4x100. Il faut être au top individuellement, mais aussi, et surtout, collectivement.»

Son mentor lui transmet également un vif intérêt pour… le foie. «Une formidable usine chimique, réalisant plus de 500 réactions distinctes toutes plus ou moins essentielles à la vie», dit-elle. Deux études sur cet organe vont la distinguer aux yeux de la communauté scientifique. La première sur l’hépatite C. La seconde sur les métastases dans le foie du cancer colorectal.

Mais LA grande passion de sa vie, contractée dès les années de faculté, c’est l’anatomopathologie. Soit l’analyse des cellules et des tissus du patient. Un choix auquel la prédisposait peut-être le gène familial scientifique, car c’est la discipline qui a le plus largement contribué à faire de la médecine une science. «Le Genevois Théophile Bonet (1620-1689), l’un de ses fondateurs, fut parmi les premiers à mettre en évidence des liens de causalité entre symptômes et lésions organiques», souligne la spécialiste.

Tsunami de données

La pathologie présente un autre point commun avec la physique, chère à ses parents: son haut degré de technicité. En effet, trois quarts des surfaces d’un laboratoire de pathologie sont occupés par des machines, toujours plus sophistiquées. L’analyse ne s’arrête plus aux cellules. Elle descend dans l’infiniment petit, au niveau des molécules, pour mettre au jour les mécanismes profonds d’une maladie. D’ailleurs, la masse de données extraites d’un échantillon de tissus ou de l’imagerie médicale suit une progression exponentielle.

Et c’est là le grand défi: trier ce tsunami d’informations et en sortir les plus pertinentes pour soigner les patients. «Nous devons leur donner du sens. Passer du big data, les données massives, au smart data, les données intelligentes. Nous sommes aidés en cela par l’intelligence artificielle, qui va transformer notre profession. Nous faisons face aujourd’hui à un challenge énorme, mais fascinant», s’enthousiasme la cheffe du Département de médecine génétique, de laboratoire et de pathologie (DMGLP).

Donner du sens, c’est l’enjeu aussi de la fusion du Département de médecine génétique, de laboratoire et de pathologie avec celui de l’imagerie et des sciences de l’information médicale, dès le 1er janvier 2019. «Aujourd’hui, pour 50 analyses, un médecin reçoit 50 rapports. Demain, il aura un seul rapport, dit "intégratif". Soit un document synthétique des analyses et examens réalisés pour aboutir à un diagnostic ou une proposition thérapeutique particulière. L’intégration des données constitue une étape incontournable dans la révolution, ou plutôt l’évolution qui mène à la santé personnalisée», conclut la Pre Laura Rubbia-Brandt.

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  • André Koller

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