Texte: 

  • Elodie Lavigne

Photos: 

  • Fred Merz | lundi 13

Je crois en la force de la rencontre

Depuis plus de 20 ans, Rita Manghi, psychiatre, vient en aide aux personnes souffrant d’addiction. Médecin adjointe au service d’addictologie, elle met la liberté d’être soi, l’écoute et la force du lien au cœur de sa pratique.

C’est à Lausanne que nous retrouvons la psychiatre genevoise, spécialiste de longue date de l’addiction. Quitter ses repères, sortir des murs de l’hôpital pour aller là où est le patient, c’est ainsi que Rita Manghi envisage son métier. « C’est en se mettant en déséquilibre que l’on peut s’adapter à l’autre et répondre à ses besoins », nous explique-t-elle. C’est elle d’ailleurs qui viendra à notre rencontre. De passage dans la capitale vaudoise, elle s’arrête le temps d’une interview. Elle se raconte avec réserve, mais nous parle avec conviction de son travail.

Des origines italiennes

On la retrouve dans une pizzeria bien connue de la place, un lieu simple et populaire. Le Milan, un clin d’œil inconscient à ses origines italiennes ? Peut-être. Dans les années cinquante, ses parents quittent Milan pour s’installer à Genève. Rita Manghi est une fille de la migration, « à une époque où la population italienne était marginalisée ». Très tôt, elle a le souci de l’intégration. Puis, elle n’aura de cesse de réfléchir à la nécessité pour les uns et les autres de trouver sa place, de s’adapter, sans renier ses appartenances et ses différences. Dans une société qui met à l’écart les plus faibles, cette optimiste prête sa voix et donne la parole à ceux qu’on marginalise.

Fille d’un père médecin et d’une mère au foyer, elle est très vite attirée par la relation de soins. Infirmière, vétérinaire ? Ce sera finalement médecin. Elle obtient son titre à 23 ans. Après quelques années de flottement, elle découvre la médecine légale et le milieu carcéral : « J’ai rencontré des détenus séropositifs, des personnes réduites au silence. Il y avait quelque chose à faire contre cette souffrance invisible ». C’est alors qu’elle se sent portée par la psychiatrie et poursuit sa formation. Côté vie privée, elle se marie, et aura trois enfants. La jeune femme avance dans ce milieu avec une « curiosité naïve, mais une nécessité impérieuse d’y aller ».

Empathie et non-jugement

En 1994, elle se spécialise dans les addictions. De cet univers, elle n’a « pas réussi à décrocher », avoue-t-elle. Touchée par le besoin d’attachement de ses patients, elle éprouve un immense respect face à leur détermination pour aller mieux. « Au-delà des vapeurs d’alcool, j’ai surtout rencontré des personnes ». Des personnes prises dans des comportements répétitifs qui perdurent malgré les conséquences négatives. Le propre de l’addiction. Pour autant, il ne s’agit pas pour elle de sauver ses patients, mais de les aider à retrouver une liberté de choix. Fondée sur le respect et le non-jugement, son approche consiste à s’appuyer sur l’individu, ses aspirations et ses valeurs. « C’est un monde où les patients se ressemblent comme des frères, mais avec une souffrance qui les particularise. On les autorise à s’exprimer et à exister au-delà de leur addiction ». Titiller la vie dans la relation, faire preuve d’empathie, mais aussi d’humour, reconnaître ses propres fragilités pour aller vers l’autre, voilà comment Rita Manghi envisage la relation thérapeutique.

Dans ces situations somme toute complexes, l’addictologue trouve des ressources dans l’institution et le travail en équipe: « Je n’aime pas travailler seule, c’est peut-être dû à mon vécu de grande famille italienne. A Noël, on est facilement 45 autour de la table! »

Dotée d’une énergie et d’un caractère entier mais profondément ouvert, Rita Manghi croit très fort dans les liens qui peuvent se tisser au sein des communautés. S’engager, se réunir et s’investir autour d’un but commun, c’est ce qu’elle fait au sein de différentes associations. Partager et transmettre sont aussi des valeurs importantes à ses yeux. C’est pour cela qu’elle enseigne. Et qu’elle chine dans les brocantes : « J’aime échanger autour des objets qui ont eu une vie avant que je les rencontre. Et l’idée que les choses ne commencent ou ne s’arrêtent pas avec nous, mais qu’elles s’inscrivent dans une continuité.»

  • 1961 Naissance à Genève.
  • 1985 Titre fédéral de médecin.
  • Dès 1994 Travaille comme alcoologue, puis addictologue, en ambulatoire mais aussi à Belle-Idée.
  • 2002 Titre de spécialiste en psychiatrie et psychothérapie.
  • 2012 Responsable de la consultation de traitements de substitution d’opiacés (service d’addictologie HUG).
  • 2013 Cofondatrice du Bistro’, un lieu d’échange et de rencontre entre patients, soignants, proches, artistes et éducateurs.
  • 2017 Obtention de la sous-spécialité d’addictologie SSPP. Vice-présidente du Conseil d’éthique clinique des HUG.

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